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Chapitre 3.4
Samedi 7 février
Version audio
14 h 00

Cinq minutes plus tard, j’arrivais devant la supérette. Laura m’attendait, serrée dans un anorak long que je ne lui connaissais pas, un gros bonnet sur la tête. Elle faisait les cent pas sous l’auvent de l’entrée du magasin pour se réchauffer ! Les clients allaient le caddie vide et venaient le caddie plein.

Je n’ai reconnu personne du voisinage, mais, sait-on jamais, j’ai préféré que nous nous limitions à nous faire la bise ; ce qui ne nous a pas empêchées de nous glisser discrètement quelques mots tendres.

Nous avons rejoint sa voiture.  

— Il fait chaud à l’intérieur, on peut laisser nos manteaux derrière…

Elle s’était habillée avec son jean et avait retrouvé ses boots ! Elle a dénoué son écharpe, découvrant son collier. Rien que de très habituel : c’était bien ma Laura, toujours la même, celle que j’aimais…

Vu la fraîcheur que le soleil ne parvenait guère à adoucir, nous n’avons pas traîné pour monter en voiture ! Elle m’a pris la main et l’a portée à ses lèvres. Je lui ai souri :

— Je t’aime, ma Laura… Tu me manquais déjà tellement !

Elle m’a regardé, elle serrait ma main.

— Manon… Tu es de plus en plus belle…

Un frisson m’a parcourue. Elle a dû le sentir : elle m’a souri.

— Même harnachée comme ça ?

— Oui, même harnachée comme ça !

Elle a démarré. Nous avons roulé quelques minutes en silence. J’avais posé la main sur sa cuisse, caressant son jean. J’aurais tellement mieux aimé sentir sa peau de velours sous mes doigts… Mais ce serait pour plus tard ! Nous nous regardions de temps à autre en nous souriant : il n’était pas nécessaire de se parler pour savoir à quel point nous étions heureuses de nous être retrouvées ! 

Tout à coup, elle a ralenti.

Elle regardait à droite, à gauche.

Elle semblait chercher quelque chose.

Je lui ai demandé quoi ?

— Une rue.

— Elle s’appelle comment la rue que tu cherches ?

— J’en sais rien…

Je ne comprenais pas.

Elle a tourné à droite dans une ruelle.

J’ai lu la plaque.

— Rue des Acanthes. C'est là que tu voulais aller ?

Elle ne m’a rien répondu : j’ai compris qu’elle cherchait tout simplement un endroit calme où nous pourrions nous retrouver vraiment sans tarder davantage et sans être dérangées. Elle s’est garée à cheval sur le trottoir, à l’ombre d’une grande haie de thuyas, entre deux bosquets échevelés encore givrés et qui attendaient le printemps pour aller chez le coiffeur se faire refaire une beauté ; elle a laissé le moteur tourner ; nous nous sommes enlacées, embrassées passionnément, regrettant seulement d’être séparées par le levier de vitesse, le frein à main et le vide-poche central, mais surtout d’être ainsi vêtues, façon blindage contre les caresses, qui n’empêchaient d'ailleurs pas nos mains de se balader sur la poitrine, sur le ventre et entre les jambes !

Dès avant d’arriver à la supérette, la perspective de moments d’intimité avec elle m’avait excitée, mais là, je sentais que mon envie de caresses devenait difficilement supportable ! C’était devenu un besoin, comme manger ou boire…

 — Toc ! Toc ! Toc !

Un vieux monsieur qui promenait son chien avait frappé le pare-brise avec sa canne ; son regard coquin s’est médusé lorsqu’il s’est rendu compte que ces amoureux qui s’embrassaient si passionnément dans une voiture étaient deux filles ! Un peu gênées tout de même d’avoir été ainsi surprises, nous nous sommes interrompues.

Laura a redémarré.

Direction la vallée de Chevreuse.

Je n’avais pas déjeuné.

— Je mangerais bien un croissant avec un bon café bien chaud !

Nous avons quitté la grande route et, dans un village un peu avant Rambouillet nous avons déniché un petit café qui nous a paru sympa.

Nous étions les seuls clients !

La patronne nous a servi deux grands cafés et nous a apporté un pichet de bon lait frais et une grande corbeille garnie de viennoiseries ; Laura a saisi deux croissants et les a placés sous ses seins…

Souvenir, souvenir.

Sourires coquins…

Nous avons avalé chacune trois croissants et deux pains au chocolat !

Gourmandes !

C’était trop bon !

Meilleurs encore parce que nous étions heureuses de partager cet autre moment de plaisir !

Il n’y a pas que le piano dans la vie !

Il n’y a pas que le sexe non plus !

— A quoi tu penses ?

Plongée dans ma réflexion, j’ai sursauté.

— A rien…

— Menteuse !

— Laura…

— Quoi ?

— J’aimerais bien que tu viennes au Conservatoire en jupe ou en robe.

— Tu crois ?

— Oui… Et si je te le demande très gentiment, tu voudras bien ?

— Je n’ai pas trop l’habitude, mais puisque c'est toi qui me le demandes, je ne peux pas refuser !

— Merci ma Laura… C'est aussi une question d’accessibilité ! Tu comprends ?

— Petite coquine ! A condition que toi, tu ne te mettes pas en pantalon !

— Ça risque pas…

— A cause de ta tête ?

— Peut-être, mais c’est pour plaire à Durieux et qu’il me sélectionne pour être la soliste du concert de fin d’année !

Rigolade.

— Je sais déjà la jupe que je mettrai ; elle est moins courte que ta petite robe noire, mais elle m’arrive quand même au-dessus du genou.

— C'est Durieux qui va en faire une tête !

Nous étions bien là, toutes les deux si proches.

Mais l’heure tournait.

— Allez, on y va ?

— On y va !

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