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Chapitre 3.3
Samedi 7 février
Version audio
13 h 40

Après le repas, j’étais remontée à l’étage pour travailler dans ma chambre car mon père lisait je ne sais quel magazine dans le salon et il n’aurait pas supporté que je perturbe sa lecture en faisant du raffut dans la pièce voisine avec ce maudit Steinway !

J’avais monté le deuxième livre du Clavier bien tempéré de Bach et je l’avais posé sur le pupitre de mon piano électronique, mais je ressentais encore la fatigue de ce que j’avais vécu avec Laura et j’ai préféré m’allonger quelques instants avant d’attaquer. Et ça me permettrait de penser à Laura et de lui envoyer de loin des pensées d’amour…

— Bip !

Ça m’a réveillé, car figurez-vous que je m’étais endormie ! Je devais avoir besoin de récupérer encore plus que je ne le pensais !

Un texto de Laura ?

Non…

Déception.

C’était une publicité pour des soldes qui m’étaient évidemment réservées sur une sélection de godasses spécialement sélectionnées pour moi !

J’avais tellement espéré que c’était elle que je n’ai pas pu me retenir de lui envoyer un texto lui demandant de m’appeler dès qu’elle pourrait : je n’avais rien de particulier à lui dire, je voulais juste entendre sa voix et lui répéter combien je l’aimais pour le cas où elle ne s’en souviendrait pas…

La sonnerie de mon téléphone m’a aussitôt tirée de la rêverie dans laquelle je commençais à m’envoler.

— J’allais justement t’appeler !

— Les grands esprits se rencontrent ! Je t’aime, ma Laura.

— J’ai encore envie de toi, ma Blanche Manon… Tu me manques déjà…

— Moi aussi, tu me manques, je t’aime tant !

La jubilation me faisait trembler. Mon émotion devait s’entendre dans ma voix ! 

— Ils annoncent un bel après-midi. On pourrait peut-être faire une petite balade en forêt toutes les deux ?

Rien que d’entendre sa voix, le souvenir des moments les plus torrides de notre intimité ont ressurgi et le désir de faire l’amour m’avait reprise aussitôt avec une force irrésistible ; j’étais vraiment possédée par la passion…

— Tu préfères pas que je vienne d'abord passer un petit moment chez toi et qu’on aille se balader après ?

— Il fait nuit de bonne heure en ce moment… J’ai peur que ça nous mène trop tard… On verra après !

— Comme tu veux ma Laura…

— Je peux passer te prendre ?

— On peut se retrouver devant la supérette qui à cent mètres après la Castelière.

— Oui, je vois où c’est ! J’y serais d’ici un quart d’heure ! Mais habille-toi chaudement, il ne fait pas chaud !

J’ai regardé par la fenêtre : il devait en effet faire encore froid bien que le gazon devant la Castelière ne soit plus gelé blanc comme quand j’étais rentrée de chez Laura. Le soleil brillait dans sa splendeur pâle de février.

J’ai opté pour un collant beige en laine bien chaud, une jupe courte sans plus et mes bottes. T-shirt, gros pull à col roulé, écharpe, manteau et bonnet ! Avec ça…

J’ai croisé Maman dans l’escalier. J’ai justifié mon absence en prétextant encore la nécessité de retravailler avec Laura pour l’audition de lundi :

— Les pièces à quatre mains que nous avions à préparer pour lundi sont tellement  difficiles… Nous ne sommes pas encore au point sur pas mal de passages, surtout au niveau des pédales…

Mensonge…

Comme je n’avais aucune idée de ce que nous allions faire, j’ai préféré viser large :

— Je ne sais pas si je serai rentrée pour dîner.

— Ton père ne va pas apprécier ces absences répétées… Il ne va pas manquer de me dire que tu manigances quelque chose et que ce n’est pas chez une copine que tu vas !

— De toute façon qu’est-ce que ça peut lui faire ? Il se fout de tout ce que je fais ! Alors que je sois là ou pas, ça change quoi pour lui ?

— Tu exagères Manon…

— Et puis c'est pas de ma faute si ce qu’on doit jouer est si difficile !

— Ne rentre pas trop tard quand même, les rues ne sont pas sûres la nuit…

— T’inquiète pas : si je mange avec elle et que nous retravaillons encore après, elle me ramènera en voiture ! A moins que je couche encore là-bas…

— Ce sont ces nuits d’absence qui intriguent ton père… Tu ne me racontes pas d’histoire, hein ?

Cette conversation commençait à m’énerver. Et puis j’étais majeure, non ?

— C'est mon binôme au Conservatoire, elle joue du piano, elle s’appelle Laura Clavaux, elle a vingt-quatre ans, elle a toutes ses dents et elle louche pas ! Ça te suffit ?

Je l’ai laissée plantée là.

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