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Chapitre 2.5
Vendredi 6 février de l'année dernière
Version audio
Vers 16 h 30

Allée de la Molinière.

C’était une rue étroite bien agréable sous le soleil qui commençait à baisser, clairsemée de maisons individuelles, avec de petits jardins.

12… 14… 16…

Malgré ses invitations répétées, je n’étais jamais allée chez Laura.

18… 20 !

Derrière un grande grille et une haie de lauriers, s’élevait une bâtisse moderne, d’un blanc cassé, composée de cubes emboités, avec de grandes ouvertures vitrées aux huisseries rouge tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage, et des terrasses avec des garde-corps en verre fumé : je n’ai pas été étonnée puisqu’elle m’avait dit que son père était architecte et que les architectes recherchent souvent l’originalité.

Le portillon du jardin était fermé.

J’ai hésité.

Etait-ce bien raisonnable ?

N’avais-je pas agi sous la dictée d’une passion qui me rendait folle ?

J’avais du mal à croire que ma vie ait pu basculer ainsi, du jour au lendemain, parce qu’une fille avait profité de ma faiblesse pour abuser de moi…

J’avais dû en tirer des conclusions hâtives.

Je devais être dans l’illusion.

Quelque chose m’échappait.

Non, il ne fallait pas…

Esclave de la masturbation depuis des années, je ne voulais pas être à la merci d’une autre passion du même genre et devenir vraiment nymphomane, ou hyper-hypersexuelle comme ils disaient maintenant…

18, 16, 14, 12.

Mais Laura avait l’air d’être tellement contente que je vienne… Elle allait être frustrée ; et on essaie de ne pas décevoir les gens qu’on aime ; et puis j’avais vraiment envie qu’elle me serre dans ses bras, de sentir encore sur moi la douceur de ses mains !

Un désir sourd m’a poussée.

14 ! 16 ! 18 ! 20…

J’ai encore hésité.

Combien de fois ferais-je cet aller-retour avant de me décider.

J’étais timide, je ne voulais pas être lâche.  

J’ai sonné.

Le portillon s’est ouvert immédiatement.

Laura m’attendait !

Elle avait dû me voir venir.

Hésiter.

Repartir…

Et finalement revenir !

Si elle avait vu mes allers et retours stupides, elle allait me trouver bête !

Le cœur battant, j’ai franchi les quelques mètres qui séparaient la rue de la porte d’entrée qui s’est entrebâillée juste un peu. J’ai attendu que Laura m’ouvre davantage la porte, mais rien n’a bougé : j’ai dû pousser doucement la porte moi-même et j’ai passé prudemment la tête, comme un cambrioleur qui vaut s’assurer qu’une pièce est bien vide avant d’y pénétrer.

Laura était là, souriante, debout sur la première marche de l’escalier qui monte à l’étage, et je la devinais nue sous la petite robe violette qui avait abandonné sa fine ceinture ; elle avait son collier bien sûr, mais j’ai cru voir que son pubis était glabre.

Elle l’avait rasé pour moi.

Nous nous sommes jetées dans les bras l’une de l’autre. Elle sentait bon !

— Dior ?

— Mon parfum ? Non, pourquoi ?

— Givenchy ?

— Oui… Organza de Givenchy…

Ça m’a amusé : moi qui n’y connaissais rien, j’avais eu du nez !

Nous nous sommes embrassées avec encore davantage d’avidité que la veille parce que j’étais cette fois moi-même demandeuse ; comme au Conservatoire, elle m’inondait la bouche de salive et j’y ajoutais maintenant la mienne : j’ai eu l’impression que nos lèvres moussaient et nous nous léchions à grands coups de langue passionnés !

Et j’aimais ça !

Sans cesser de m’embrasser, elle m’a débarrassée de mon sac et l’a lancé sur un fauteuil ; elle a déboutonné mon manteau, elle l’a fait glisser le long de mes épaules et de mes bras, et l’a laissé tomber sur le carrelage.

— Ta petite robe noire !

Elle a détaché mes cheveux.

C’était bien la peine que je me donne le mal de faire une queue de cheval !

Sa remarque m’est revenue en écho : « Je t’aime comme tu es… Je ne veux surtout pas que tu changes ! ».

Elle m’a serré contre sa poitrine que je sentais s’écraser contre la mienne ; le désir recommençait à m’emporter, je perdais la tête…

J’ai eu un moment de doute.

Ce qui m’arrivait n’était encore une fois pas normal.

J’étais malade.

Prisonnière de pulsions sexuelles malsaines…

Obsédée…

Mais je sentais la cambrure de son dos à travers le voile : une envie irrésistible de toucher sa peau m’a saisie.

J’ai osé soulever le tissu.

J’ai caressé doucement la douceur du creux de ses reins.

Hier, pour la première fois, des mains étrangères m’avaient touchée ; aujourd'hui, pour la première fois, je glissais mes doigts sur la peau de quelqu'un d’autre que moi !

Laura a fait descendre ses mains le long de mon dos.

Elle a soulevé doucement ma robe jusqu’à la ceinture.

Elle a serré mes fesses.

Elle m’a tirée contre elle en appuyant son pubis contre le mien.

L’excitation devenait intolérable.

Elle a dû le sentir.

— Viens…

Elle s’est un peu écartée de moi, elle a passé sa langue sur mes lèvres comme un chien lèche la main de son maître ; ça m’a amusé, mais je n’ai pas senti le besoin de m’essuyer ; elle a passé son bras sous ma robe, elle m’a prise par la taille et nous avons descendu les deux marches qui menaient au salon, en léger contrebas de l’entrée.

C’était une pièce pas très spacieuse mais arrangée avec beaucoup de goût, ce qui me changeait du classicisme désuet de la Castelière.

A gauche, un piano droit, sans doute assez ancien.

— C’est ton piano ?

— Oui, mais viens…

Ce n’était visiblement pas le sujet d’actualité !

Laura m’a gentiment fait asseoir dans le canapé qui tournait le dos à une grande baie vitrée donnant sur un petit jardin qui m’est apparue très soigné dans la lumière crépusculaire.

Je me suis affalée dans la mollesse des coussins.

Détendue, les jambes un peu écartées.

Laura me dominait de toute sa hauteur.

Elle m’a observée de la tête aux pieds.

— Tu es magnifique !

Je l’ai sentie sincère.

Elle s’est penchée vers moi et a saisi ma robe pour me l’enlever mais, malgré l’urgence du désir qui me tenaillait, l’idée du défi vis-à-vis de moi-même a soudainement  ressurgi: j’ai repoussée Laura et j’ai remis ma robe en place, la tirant le plus bas possible jusqu’à mi-cuisse.

— Qu’est-ce qui t’arrive, Manon ?

Le défi…

Mon cœur battait fort !

Je n’oserais jamais…

Il fallait pourtant !

Laura m’avait permis d’avancer un peu, c’était à moi maintenant de me prendre en main.

J’ai eu envie de m’enfuir parce que j’ai cru que je n’y arriverais pas, mais d’un coup, je me suis dépassée :

— Retire ta robe d'abord !

Elle a fait glisser les fines bretelles de long de ses épaules, de ses bras, et sa petite robe violette est tombée à ses pieds.

Elle l’avait fait !

J’ai songé que ce que j’avais exigé d’elle n’était pas si terrible ! Mais j’avais osé, c’était déjà ça ! J’aurais voulu lui demander autre chose, mais quoi ? De se mettre à genoux pour me supplier de retirer ma robe à mon tour ? C’était ridicule ! Je n’ai pas osé…

Ce que j’avais accompli là était déjà un véritable exploit à mes yeux !  

Laura, un peu potelée, avait moins la taille mannequin que moi, mais un charme fou émanait d’elle.

Peut-être aussi à cause de son collier ?

Elle était belle.

Elle a soulevé ses seins.

Elle a descendu ses mains le long de son ventre et, comme sur la photo, elle a écarté les cuisses et m’a offert son sexe entrebâillé.

— Tu l’as rasé ?

— Oui, j’ai pensé que tu préférerais…

— Je sais pas…  

Elle écartait les petites lèvres et je voyais s’offrir le petit trou obscur que tant d’hommes avaient dû prendre infini à combler !

J’ai fermé les yeux pour ne pas être débordée par l’excitation et garder le contrôle de ce que je disais et de ce que je faisais.  

Sûre de moi comme je ne l’avais jamais été, j’ai retiré ma robe.

J’ai rageusement arraché mon string.

Je me suis laissée glisser sur le bord du canapé.

Je lui ai tendu les bras, et cette fois, c'est moi qui ai prononcé l’invite :

— Viens…

Mais elle s’est mise à genoux et, s’approchant de moi en souriant, elle a écarté mes genoux et elle s’est soudain jetée sur mon sexe, qu’elle a dévoré.

C’était insupportable.

Je n’ai pas résisté trois secondes.

J’ai éclaté dans un orgasme terrible.

— Laura ! Non !

De ses coudes, elle m’empêchait de serrer les cuisses et continuait à me sucer.

J’ai cru que ça ne finirait jamais, que j’allais m’évanouir !

Les yeux clos, j’étais transportée hors de moi-même !

Un délire indescriptible sans comparaison avec ma douce jouissance du matin au Conservatoire !

J’ignore au bout de combien de temps, je suis redescendue sur terre ; Laura était à demi allongée près de moi et me regardait, souriante.

— Je n’avais jamais goûté un autre nectar de femme que le mien. Le tien est d’une abondance incroyable !

— Je sais, ça coule toujours beaucoup… C'est même embêtant !

— Tu as de la chance ! Et tellement parfumé ! Je mouille pas mal aussi, mais pas autant que toi…

Le regard un rien suppliant, elle a passé son bras derrière mes épaules, m’a attirée vers sa poitrine ; les jambes écartées, elle imprimait à son bassin un mouvement de va et vient : il n’était pas difficile de comprendre ce qu’elle attendait de moi.

J’étais si éprise d’elle que je voulais qu’elle aussi soit comblée bien que mon désir soit tombé au-dessous de zéro !

J’ai d’abord eu le sentiment de faire de l’anatomie !

J’ai cherché ses petites lèvres.

Son clitoris.

Je lui ai enfilé un doigt.

Puis deux.

Malgré ce qu’elle avait dit, elle était largement assez mouillée.

Je n’ai pas eu besoin d’y ajouter de salive !

Son souffle s’accélérait.

Je lui prodiguais les mêmes caresses que celle qui tous les soirs m’emportaient.

Il a fallu du temps pour que je la sente s’échauffer ; j’avais lu que certaines femmes sont plutôt vaginales et d’autres clitoridiennes… Je me suis demandé si je m’y prenais bien, si je faisais ce dont elle avait envie ? Mais elle n’a rien dit, elle n’a pas cherché à guider ma main…

Et tout d’un coup, sans que je sente rien venir, elle s’est cabrée, raide comme un morceau de bois : il n’y avait plus que sa tête contre le dossier du canapé et ses pieds sur la moquette pour la porter !

Et elle a hurlé à m’en déchirer les tympans.

— Fais-moi mal !

Je n’ai pas compris…

Elle se tenait le ventre comme si elle avait souffrait un martyre : j’ai cru que ses orgasmes étaient trop douloureux… Je ne savais pas que ça existait.

Un souffle.

Elle s’est effondrée contre moi.

Elle a mis longtemps à se remettre.

J’étais un peu inquiète.

Mais elle m’a souri.

— Manon…

— Ça va ?

— C’est la première fois que je jouis avec une fille, et je m’en souviendrai, tu sais !  

Mon expérience et la sienne m’ont fait comprendre à quel point le plaisir passe par le mental !

Elle a passé son bras derrière ma taille et a posé sa tête sur ma poitrine.

Elle caressait mon ventre, mes cuisses, jusqu’à glisser ses doigts dans mes bottes et à faire le tour de mes mollets.

Elle avait les mains d’une douceur incroyable ! Mais elle ne touchait pas à mon sexe : elle savait qu’il était trop tôt pour que je le supporte !

— Tu as un corps magnifique, Manon.

— Toi aussi…

— Je ne suis pas aussi bien roulée que toi…

Je savais que j’avais à un corps que beaucoup de filles devaient m’envier. J’étais contente que quelqu'un d’étranger me le dise. Mais si elle me trouvait bien faite comme je le pensais, quand elle me disait que j’étais jolie, c’était peut-être également vrai ?

— Tu es encore vierge ?

J’ai hésité à confirmer.

Nous sommes restées enlacées ainsi, un long moment, en silence.

— Manon ?

— Quoi ?

— Ça me plaît vraiment d’être comme ça avec toi… 

— Moi aussi, Laura…

— Tu aimes bien ?

— Oui…

— Dis-le moi…

— Je t’aime, Laura…

Elle s’est redressée :

— Je ne t’ai pas demandé si tu m’aimais, je t’ai demandé si tu aimais bien qu’on soit comme ça, toutes les deux ?

J’ai trouvé ça bizarre, parce que je l’aimais vraiment et je croyais qu’elle m’aimait aussi…

J’avais du mal à suivre…

— Si tu as aimé ce qu’on vient de vivre ensemble ?

— Ben oui, j’ai aimé ! Ça s’est pas vu ? Mais moi, je t’…

Pour me faire taire, elle m’a embrassée passionnément.

J’étais perturbée, mais je me sentais physiquement incroyablement bien : je n’avais jamais connu une félicité pareille ; je me savais addicte au sexe, et maintenant je me découvrais lesbienne… Je serais le désespoir et la honte de la famille Deperraut, mais je m’en fichais !

— Comment tu fais pour avoir les mains douces comme ça ?

— J’ai lu quelque part que les cambrioleurs trempaient leurs mains dans l’eau de Javel pour ronger leurs empreintes digitales et ne pas laisser de traces. Je fais comme eux, mais pas pour les mêmes raisons !

Rigolade.

Petits bisous.

Il faisait bien chaud chez elle ; nous sommes restées nues ; elle n’avait que son collier et moi mes bottes ! Mais il ne fallait pas que nous tachions la banquette ; mon string était mort, et de toutes manières, un string, ça ne retient pas grand-chose !

En nous tenant pas la taille, nous sommes passées dans une petite pièce, un genre de buanderie, pour récupérer deux petites culottes dans un tiroir près du lave-linge : une rose et une bleu ciel ; j’ai choisi la rose. Elle était un peu grande pour moi, mais ça allait…

Nous avons passé de longs moment à nous câliner, à nous murmurer dans gentillesses, à nous embrasser … J’étais si bien…

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