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Chapitre 2.6
Vendredi 6 février de l'année dernière
Version audio
19 h 00

Nous commencions à avoir un peu faim.

Elle m’a proposé de visiter d'abord la maison : elle m’a montré la chambre de ses parents, la salle de douche, les WC.

Tout me paraissait minuscule par rapport à la Castelière.

Dans sa chambre, il y avait une penderie, un petit bureau, un piano électronique et un lit à deux places sur lequel elle m’a poussée avant de s’allonger sur moi pour mieux m’embrasser ; nous avons chahuté comme des gamines en nous battant à coups d’oreillers mais heureusement aucun n’a éclaté et inondé la pièce de plumes comme on le voir dans les films !

Debout devant le piano, nous avons joué n’importe quoi, en tapant à pleines mains, en chantant et en riant comme des folles !

Nous sommes redescendues dans la cuisine pour nous préparer un casse-croûte et du thé ; nous allions et venions, une caresse par-ci, une caresse par-là, un petit baiser par-ci, un petit baiser par-là.

J’étais heureuse.

Je crois qu’elle l’était aussi.

Nous nous sommes installées sur des tabourets hauts au bar qui servait pour les repas. Elle a servi le thé dans de superbes tasses en porcelaine de Chine grise d’une légèreté incroyable, avec des dragons rouges et or en relief dessinés dessus.

— Tu gardes toujours ton collier ?

— Oui…

— Pourquoi ?

— Je t’expliquerai une autre fois. Je ne le quitte que pour dormir quand je suis toute seule.

— Dis-moi s’il te plaît !

— C'est un secret !

Elle est allée chercher la pizza dans le four.

Affamées, nous avons tout mangé !

Des goinfres !

Le thé était sombre et un peu amer.

— C'est du thé de Chine, du Yunnan.

— J’aime bien…

Laura est allée chercher deux crèmes au caramel dans le réfrigérateur ; elle a attrapé un paquet de biscuits dans le placard.

Nous sommes restées assises face à face un long moment, main dans la main, les yeux dans les yeux, à nous sourire.

J’y ai vu un échange d’amour sans paroles.

— Un Cognac, ça te dit ?

— Je ne bois pas trop d’alcool.

— Une fois n’est pas coutume !

Elle est allée au salon ; elle est revenue avec une bouteille presque pleine et deux jolis petits verres.

J’aimais voir ses seins se balancer au rythme de ses pas…

Sur les verres, des grappes de raisin étaient gravées.

Elle nous a versé une telle rasade que ça m’a un peu affolée !

Elle a porté un toast :

— A tes orgasmes !

Rires éhontés !

— Que les tiens durent toujours !

Nous avons rigolé en trinquant : ça promettait !

J’ai ouvert des yeux ronds en la voyant avaler tout son Cognac d’un coup !

Elle a fait la grimace en reposant son verre :

— Cul-sec ! À ton tour !

Je n’aurais pas pu faire comme elle sans tomber raide !

— Non ! Il est très  bon ! Je préfère déguster !

Ça n’a pas empêché qu’après trois gorgées, ma tête commence à tourner !

— Attends, Laura, je reviens…

Et je suis allée dans l’entrée ; j’ai retiré mes bottes, j’ai sorti mes escarpins de mon sac et je les ai chaussés.

Quand je suis revenue à la cuisine, j’ai vu de la surprise et de l’émerveillement dans le regard de Laura.

Elle s’est levée.

Elle s’est approchée doucement de moi.

Me tenant par la main, elle m’a fait tourner sur moi-même comme en une lente passe de rock’n roll.

Elle admirait ma ligne.

C’était la première fois qu’elle me voyait avec des talons hauts.

— Tu es splendide… Une star, Manon…

— En partie. Jusqu’au cou, je veux bien !

Elle m’a giflée gentiment en fronçant les sourcils. Peut-être pas si gentiment que ça d'ailleurs : elle ne souriait pas !

— Arrête te conneries, Manon ! Je t’en prie !

Elle me fixait ; il y avait de la colère dans son regard…

— Tu as entendu ?

— Oui, ma Laura…

— Tu vas me demander pardon de m’avoir sorti des insanités pareilles !

— Pardon Laura, excuse-moi.

— A genoux.

Je n’ai pas hésité une seconde : je me suis agenouillée à ses pieds, j’ai serré ses cuisses dans mes bras.

— Alors ça vient ?

— Pardon, ma Laura !

Elle m’a faite relever. Elle m’a durement fixée dans les yeux.

— Manon, je n’ai pas fait ça pour t’humilier…

— Ça ne m’a pas humiliée… C'est même bizarre : j’ai bien aimé être comme ça à tes pieds…

— Je voulais juste marquer le coup pour que tu t’en souviennes et que tu finisses par me croire quand je te dis que tu es belle !

Elle m’a prise dans ses bras et nous nous sommes encore embrassées comme si nous ne nous étions pas vues depuis des mois ou que nous venions de découvrir un trésor !

— Tu es très belle, tu es une fille magnifique, une star qui s’ignore ! Tu vas finir par comprendre ?

— Je vais essayer.

Elle s’est éloignée de moi et m’a giflée pour de vrai.

— Aïe !

— On ne dit pas peut-être, on dit « oui » ou on dit « non » !

Son regard me transperçait. Elle n’était visiblement pas contente après moi…

— Alors ?

— Oui, Laura. Je suis… jolie.

— Belle ?

— Je suis belle…

Elle m’a reprise dans ses bras.

Que je l’aimais !

Elle a serré mes fesses, elle les a écartées.

— Belle Manon…

Je n’ai pas pu résister à l’envie de glisser doucement la main entre ses jambes.

Elle les a doucement écartées.

Le haut de ses cuisses était huileux.

J’ai fait rouler doucement son clitoris sous mon index.

Elle soupirait de plus en plus fort.

Elle mouillait tellement, elle aussi, que j’ai pu facilement lui enfiler deux doigts.

J’aimais bien.

Elle m’avait soumise à ses volontés, et maintenant j’avais l’impression que c’était moi qui la possédais.

J’avais accéléré mes caresses ; elle s’est précipitamment écartée de moi ; elle a saisi mon poignet et a retiré ma main ; à demi pliée en deux, elle a serré très fort les cuisses ; immobile, les yeux fermés, les poings serrés sur le ventre, elle s’est ressaisie.

— J’ai trop envie, Manon… J’ai failli partir…

— Ben… On vient de jouir !

— Même quand je viens de jouir, au bout d’une d’mi-heure j’ai encore envie… J’y peux rien, je suis comme ça… Et avec toi, c’est pire que tout !  

J’étais étonnée qu’une fille comme elle, habituée à avoir des relations sexuelles si fréquentes ait tant de mal à se maîtriser ! Et c’était moi qui suscitais chez elle une telle envie ! J’étais fière de savoir que, d’une certaine manière, je la tenais à ma merci, que je pouvais être moi-même dominatrice.

— Tu me rends folle, Manon. Ça va trop loin.

— Trop loin ?

— Non… J’ai rien dit…

Comme si on pouvait aimer trop !

Elle a sucé mes doigts en fermant les yeux, comme on déguste quelque chose de rare…

— Tu vas m’attendre ici. J’ai une surprise pour toi. Je reviens te chercher dans cinq minutes.  

Elle est montée à l’étage.

Je me suis demandé ce qu’elle avait bien pu manigancer ! J’ai pu terminer mon Cognac tranquillement ; c’était vrai qu’il était bon : après avoir vérifié qu’elle n’était pas en train de redescendre, j’ai attrapé la bouteille et j’en ai rajouté dans mon verre… Elle ne le saurait pas ! J’aimais bien cet état second dans lequel l’alcool me mettait sans en arriver à l’ivresse.

J’ai entendu une porte se fermer à l’étage.

Laura est redescendue.

Elle m’a prise par la main.

— Viens vite, j’en peux plus !

En nous tenant par la taille, nous avons monté l’escalier ; arrivées devant sa chambre, elle m’a regardé, un sourire coquin sur les lèvres.

Elle a ouvert tout doucement la porte.

— Wouahhh !

Les double-rideaux étaient fermés.

Un éclairage rouge orangé jetait dans la pièce une chaude ambiance d’intimité.

Une musique douce, un peu jazzy…

Du saxo.

On allait oublier le piano !

Un coffret mystérieux sur son petit bureau avec une grosse bougie rose de chaque côte.

Sue la table de nuit, deux bougies aussi dont la flamme chancelait un peu…

Et le lit nu, avec cinq ou six oreillers de toutes les couleurs…

Je l’ai embrassée, j’ai léché ses lèvres humides mais je n’ai pu m’empêcher de faire encore glisser ma main jusqu’à son sexe. Elle s’est de nouveau reculée d’un coup en attrapant mon poignet.

— Non, Manon ! J’ai trop envie…

Elle était plus excitée que moi, j’ai senti que je prenais le dessus.

Nous sommes entrées dans la chambre, elle a refermé la porte derrière nous, tout doucement, comme s’il ne fallait pas qu’on nous entende pénétrer dans cet antre secret de plaisirs interdits.

Le saxo nous jouait un slow : nous sommes restées là, à danser au pied du lit, enlacées, en nous embrassant toujours avec la même passion, mais sans trop approcher nos mains des lieux sensibles !

Le morceau suivant était plus rythmé.

Pour me prouver ce pressentiment qui ne ma quittait plus, j’ai pris l’initiative.

Je me suis écartée de Laura.

Elle est restée immobile, les bras ballants, un rien étonnée.

J’ai commencé à caresser ses épaules.

J’ai longuement palpé ses seins.

Je me suis courbée pour lécher tendrement ses mamelons.

Elle soupirait de plaisir, appuyant à deux mains ma tête contre sa poitrine pour que je continue.

— Oui… Excite-moi encore… Je suis tout au bord… C’est trop bien…

De mes doigts, j’ai à peine effleuré son ventre.

Et nous nous sommes encore embrassées.

Je me sentais sûre de moi comme je crois ne l’avoir jamais été…

— Tourne-toi !

Et elle s’est tournée !

Mes défis de la veille n’en étaient plus ! Tout devenait normal : et elle m’obéissait.

J’ai eu la sensation qu’aujourd'hui, c’était moi qui la possédais.

Mais un résidu de doute devait subsister au fond de moi et c'est sans doute pourquoi je lui ai ordonné :

— Mets tes mains sur ta tête.

Et elle s’est exécutée sans broncher ; à cet instant, j’ai ressenti ce sentiment qu’éprouvent certainement ceux qui détiennent le pouvoir ; on dit que c’est une drogue et qu’on ne peut plus s’en passer quand on y a goûté : j’ai compris que ce devait être vrai !

Dans l’état où elle était, elle se serait sans doute soumise à tous mes caprices, mais je n’étais pas encore assez sûre de moi. Il ne fallait pas brûler les étapes…

J’ai caressé ses bras.

En approchant des aisselles, sa réaction m’a fait savoir qu’elle était chatouilleuse ! Je n’ai surtout pas insisté.

Ses flancs.

Son dos.

Ses hanches.

J’ai longuement caressé ses fesses qu’elle avait bien rondes, légèrement velue comme une peau de pêche…

— Tu m’excites trop, Manon. Jamais un homme ne m’a fait ça… Ils ne pensent qu’à baiser… Il n’y a qu’une fille qui peut comprendre ça !

Elle s’était retournée vers moi.

Ses seins tremblaient un peu.

Elle était essoufflée.

Mes caresses avaient entretenu, peut-être accentué encore l’excitation extrême qui la possédait. J’ai voulu passer ma main entre ses cuisses, mais elle m’en a encore empêchée.

— Non, Manon. Je veux rester tout au bord le plus longtemps possible… 

Elle était belle dans cet état, la tête un peu rejetée en arrière, les yeux à moitié révulsés, la bouche entrouverte, comme suppliante.

Tout à coup…

Elle s’est vraiment mise à trembler de tous ses membres.

J’ai cru qu’elle n’allait plus pouvoir se retenir.

Mais elle a porté les mains devant son visage, a soufflé un grand coup et a réussi à se reprendre…

J’ai voulu retirer mes escarpins.

— Non ! Garde-les !

— Ça te plaît ?

— Ça m’excite ! 

Ça me plaisait de rendre Laura folle, elle qui était tellement plus dévergondée que moi ! Je montais à grande vitesse dans mon estime et je comprenais que je quelque chose au plus profond de moi-même changeait de minute en minute… Je me rendais peut-être compte que j’étais aussi dévergondée qu’elle, mais que j’en étais jusque-là restée aux idées.

Grâce à elle, j’entrais dans la pratique.

Je prenais de l’assurance.

Il faudrait que j’avance encore.

Je me suis allongée sur le lit, les mains derrière la tête.

Elle me regardait, silencieuse, me balayant de la tête aux pieds d’un regard gourmand.

— Manon…

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Tu es faite pour le plaisir… Tu ferais des malheurs si tu t’y mettais ! Tu pourrais profiter de la vie à fond !

Mais j’aimais Laura et ça me suffisait !  

Sans une hésitation, en pensant aux vidéos X que j’aimais visionner le soir dans ma chambre, je lui ai lancé :

— Branle-toi !

— Non… J’aime tellement te sentir près de moi…

— Tu me sentiras après. Mets la musique plus fort et fais ce que je te dis. J’ai trop envie de te voir  danser de plaisir !

Elle a haussé les épaules.

Elle se soumettait à mes désirs !

Incroyable !

Elle a pris la télécommande sur son petit bureau, elle a fait jouer le saxophoniste plus fort.

En me regardant, dansant doucement, elle a commencé à se caresser des deux mains au rythme de la musique, puis d’une seule main, serrant ses seins de l’autre.

D’abord debout, les jambes écartées, ses yeux se sont portés sur son sexe.

Elle s’est pliée peu à peu au fur et à mesure que le plaisir montait.

Oh ça n’a pas duré longtemps.

D’un coup, elle a serré les cuisses et jeté sa tête en arrière.

— Manon ! Je tiens plus ! Tu me rends folle !

Elle s’est jetée sur le ventre à côté de moi.

Un orgasme terrible la secouait.

— Fais-moi mal !

J’ai tapé sur ses fesses doucement pour ne pas lui faire mal : disons… une caresse appuyée.

Mais elle hurlait :

— Plus fort !

Je lui ai fichu une fessée du plus fort que j’ai pu ; et plus je tapais, plus elle jouissait.

Et elle hurlait :

— Encore !

Elle n’en finissait pas.

Prise de véritables convulsions, elle se tordait.

C’était magnifique !

Et moi, je prenais un plaisir incroyable à la fesser.

Aussi fort que je pouvais !

Quel spectacle !

J’ai craint de jouir à mon tour.

Elle se débattait dans la folie d’un plaisir que je n’imaginais même pas possible !

Aucune des filles que je voyais sur les sites X que je fréquentais ne jouissait comme elle.

Et je n’avais pas songé un instant que Laura pouvait être masochiste.

Bien que ce collier…

Je ma suis rappelé le « Fais-moi mal » qu’elle avait lâché quand elle avait joui au salon… Il faudrait qu’elle m’explique comment elle en était arrivée à aimer ça.

Et moi qui avais tant aimé la frapper de toutes mes forces… Lesbienne et sadique ?

Je me suis rendue compte que je ne connaissais rien à la diversité des plaisirs, avec ma pauvre masturbation quotidienne.

Toujours la même.

Ou à peu près !

Laura allait m’emmener explorer un monde inconnu que j’avais maintenant terriblement envie de découvrir jusque dans ses secrets les plus subtils.

Elle s’était apaisée ; je l’ai prise dans mes bras, mais il a fallu plusieurs minutes pour qu’elle reprenne vraiment ses esprits. 

— Tu es merveilleuse, Manon. Tu comprends vite…

De la sentir brûlante contre moi, encore essoufflée et le cœur battant, j’avais à mon tour atteint un degré d’excitation insupportable.

J’ai vite pensé à autre chose pour éloigner le risque… C’est terrible cette sensation d’être à la limite du plaisir et qu’un rien peut déclencher l’orgasme.

On a envie mais on ne veut pas.

Il ne faut pas !

Pas encore !

Elle est restée un bon moment blottie au creux de mon épaule. Elle caressait mes seins, ce qui n’était pas pour me calmer…

— Et toi, jolie Manon ?

— Je me retiens Laura… J’ai trop envie.

— Attends…

Elle s’est assise au bord du lit.

Gros soupir.

Elle s’est levée péniblement.

Epuisée.

Nouveau soupir en s’étirant.

Elle est allée chercher le petit coffret en bois qui se trouvait sur son bureau, elle l’a posé devant moi.

— Ouvre !

— C’est quoi ?

— Ouvre je te dis ! Tu verras bien !

Curieuse, j’ai soulevé le couvercle.

Le coffret était rempli de sex-toys comme j’en avais vu sur les sites spécialisés.

Je n’avais jamais voulu en commander parce que je n’en comprenais pas vraiment l’utilité : je voyais bien des filles s’en servir dans les vidéos, mais elles ne me semblaient pas jouir plus fort ou autrement qu’en se masturbant normalement. Et puis, étant vierge, je ne pourrais pas m’en servir comme elles !

— Lequel tu préfères ?

— Je sais pas.

Elle en a pris un, sans doute pas au hasard ; peut-être était-il blanc, mais il m’a semblé rose en raison de l’éclairage de la chambre.

Elle a refermé le coffret et l’a posé par terre à côté du lit.

— Mets-toi sur le dos.

Elle a pris un oreiller.

— Glisse ça sous tes fesses.

Elle m’a demandé de mettre un autre oreiller sous ma tête ; elle m’a fait écarter les jambes et s’est mise à genoux entre mes cuisses.

Ainsi installée, je voyais mon pubis soulevé vers Laura qui affichait un beau sourire complice et prometteur. Je savais ce qui m’attendait, j’étais en permanence au bord de l’orgasme ; je n’avais jamais connu ça ; j’ai serré les dents et j’ai fermé les yeux pour ne plus voir Laura qui transpirait, tout son corps qui brillait, ses épaules, ses seins qui s’agitaient doucement à chaque mouvement.

J’ai entendu qu’elle actionnait le vibromasseur.

— Tu es prête ?

— Non, attends, je vais jouir !

J’aurais voulu que cet instant dure éternellement : c’était comme si je jouissais sans jouir vraiment.

Mais elle a appuyé doucement le vibromasseur sur mon pubis.

J’ai sursauté.

Une sensation inattendue

Limite désagréable.

Mais je m’y suis vite habituée.

Le plaisir a pris le dessus.

Je n’avais jamais éprouvé une telle impression, très différente ce que je ressentais quand je me caressais.

Tout doucement, elle a fait glisser le vibro vers mon clitoris.

C’est devenu aussitôt carrément intenable.

Mon orgasme a été immédiat, aussi terrible que le sien !

J’ai cru que je tombais dans un précipice.

Et comme Laura se tenait agenouillée entre mes jambes, je ne pouvais pas serrer les cuisses comme le plaisir m’y obligeait toujours.

Je n’existais plus.

Je n’étais plus qu’un ventre.

C’était presque insupportable tellement c’était puissant !

Je me souviens avoir hurlé.

Je me suis débattue.

Laura m’a saisi les poignets.

Elle les a plaqués sur le matelas.

J’étais sa prisonnière.

Et j’aimais ça !

Comme quand elle m’a giflée.

Comme quand elle m’a fait mettre à genoux devant elle dans la cuisine…

Quand je me suis calmée, j’étais épuisée, essoufflée comme si je venais de courir à toutes jambes.

Ma troisième extase de la journée !

Je n’arrivais pas à croire que ce soit possible !

Mais en même temps un bien-être incroyable.

Elle s’est allongée sur moi et m’a embrassée à m’étouffer.

— Tu me plais, Manon.  

— Je savais pas…

Elle s’est soulevée et m’a donné cette fois une petite gifle affectueuse.

— Tu savais pas que tu me plais ?

— Non, c'est pas ça…

— Alors tu savais pas quoi ?

— Je savais pas qu’on pouvait jouir si fort et si souvent !

— Et ce n’est qu’un début ! Vu ton tempérament…

— Quoi, mon tempérament ? Qu’est-ce qu’il a, mon tempérament ?

J’ai cru qu’elle se moquait, que ça recommençait ! 

— Tu es faite pour le sexe. Je m’en doutais depuis longtemps, mais maintenant j’en suis vraiment sûre ! Si tu te libérais…

Elle n’a pas cru bon d’aller plus loin.

Elle m’a encore embrassée.

Elle s’est penchée au bord du lit, elle a attrapé le petit coffret ; un sourire complice sur les lèvres elle l’a posé devant moi et l’a ouvert.

Elle était belle.

Son corps d’ombre et de lumière ressemblait à une œuvre d’art savamment éclairée.

Elle a sorti un godemichet qui avait l’allure d’un sexe d’homme avec les testicules.

Elle me l’a montré sous tous les angles.

Elle l’a tordu pour que je voie comme il était ferme mais souple.

Elle l’a embrassé et l’a posé entre mes seins.

— C’est mon préféré.

— Tu t’en sers souvent ?

— A chaque fois que j’ai envie et que je n’en ai pas d’homme à ma disposition.

— C’est souvent ?

Elle m’a semblé hésiter.

— J’ai besoin de ça tous les jours ou presque…

Je n’étais donc pas la seule à éprouver ce besoin quotidien : j’étais peut-être moins anormale que je ne le craignais… Ça m’a rassurée.

— Ça vibre ?

— Non, pas celui-là.

— Alors tu t’en sers comment ? Tu te caresses avec le bout ?

— Je me l’enfile et je me vibre la chatte avec celui qui vient de t’emmener au septième ciel.

— Deux d’un coup ?

— Des fois trois…

J’ai froncé le sourcil : elle a bien compris que j’étais ignare en la matière, et elle m’a souri.

Elle était d’une délicatesse que je n’imaginais pas… On ne finit par connaître un peu les gens que dans l’intimité ; peut-être.

Elle a sorti du coffret un petit gode transparent comme du cristal en forme d’as de pique. J’avais vu des filles s’en servir.

— Quand j’ai envie je m’enfile ça derrière… Ça donne encore d’autres sensations.

Je craignais un peu ces pratiques ; peut-être y viendrais-je un jour, mais ce n’était pas d’actualité ; j’ai pris le sexe d’homme qui traînait toujours sur ma poitrine.

— Avec ça, tu pourrais me déflorer ? Je sais que ça fait mal, mais il faudra bien que j’y passe !

— Non, Manon, il ne faut pas ! Pas comme ça… 

— Laura, s’il te plaît, j’aimerais bien que ce soit toi… Je t’en prie…

J’ai repensé à ces instants où, au Conservatoire, elle me suppliait de venir passer le week-end chez elle : la situation était juste inverse, c’est moi qui l’implorais maintenant ! Je nous ressentais sur un pied d’égalité, les rôles s’inversant selon l’instant.

Avec beaucoup de tendresse dans la voix, elle m’a expliqué :

— Non, Manon. Le dépucelage, c'est un moment unique dans la vie d’une femme. Il faut faire ça bien.

— Tu te souviens comment ça s’est passés pour toi ?

— Oh que oui !

— Raconte-moi ?

— Une autre fois, Manon. C'est de toi qu’il est question pour l’instant. Il faut que tu offres ta virginité à un homme qui t’attire…

— Un homme qui m’attire ? Aucun homme ne m’attire… C’est pour ça que je préférais que ce soit toi… Je n’aime pas les hommes.

— Tu n’aimes pas les hommes ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?

— Je sais pas…

Elle m’a regardée fixement.

— Bien sûr que si, tu le sais ! Mais tu ne veux pas te l’avouer. Ils t’ont fait du mal.

Je n’aimais pas qu’elle joue les psychologues ! Elle s’est allongée près de moi, elle a passé un bras sous ma tête et m’a attirée contre elle, elle a posé son autre main sur ma hanche.

Je sentais les clous de son collier contre ma tempe.

— Tu peux tout me dire, à moi…

Elle avait la voix aussi douce que ses mains.

Un souffle.

J’ai fermé les yeux.

Elle me poussait dans un monde perdu dans lequel je ne voulais pas retourner.

Et malgré moi, j’ai plongé dans l’album de mes souvenirs enfouis.

Des images floues sont remontées à la surface.

Ma gorge s’est nouée.

Des images plus nettes, tellement proches…

Je suis comme entrée dedans.

J’ai éclaté en sanglots.

— Chiale un bon coup, ça te fera du bien.

Je pleurais comme une enfant ; elle me serrait dans ses bras ; les clous s’enfonçaient dans mon front.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

Elle me serrait de plus en plus fort.

Les clous me faisaient un peu mal.

Tant pis.

Je sentais tant de tendresse dans la force de son étreinte.

— On a abusé de toi ? Tu as été violée ?

— Non, c'est pas ça. 

J’avais honte de sangloter bêtement comme une gamine, mais je ne pouvais pas m’en empêcher.

En même temps, je me sentais tellement bien auprès d’elle, comme si, dans ses bras, rien ne pouvait plus m’atteindre.

Protégée.

Confiante.

Je ne m’étais jamais sentie en sécurité comme à cet instant.

Il fallait sans doute ce climat d’amour pour que les traumatismes de mon enfance, engloutis dans les abysses obscurs de mon inconscient, puissent réémerger… Sans que je le veuille, des images continuaient de surgir, comme projetées en flashes sur un écran noir.

— Je ne sais plus, Laura…

Elle n’a plus bronché.

Elle m’attendait.

Le saxo emplissait le silence rouge orangé d’une nappe cuivrée.

Après un long moment, vidant toutes les larmes de mon corps, j’ai emmené Laura visiter mon passé.

J’avais juste cinq ans.

Maman m’avait payé mes premiers cours de piano.

C’était mon cadeau d’anniversaire.

Quand le professeur est arrivé à la maison pour la première fois, Maman l’a amené près du piano devant lequel je m’étais déjà installée tellement j’étais pressée de faire des progrès. Il m’a regardée bizarrement, et avec un petit sourire en coin, il a lancé :

— Elle est blonde de chez blonde votre fille !

J’ai compris qu’il se moquait de moi.

Comme les autres !

Après la première heure de cours, j’ai dit à Maman que je n’aimais pas ce monsieur.

Il n’est jamais revenu.

— C’est Madame Choiseul qui a pris la suite.

J’ai ouvert les yeux.

Laura me souriait doucement.

Je sentais le sérieux de l’instant dans son regard.

Et j’étais bien.

Elle avait toujours sa main sur ma hanche, qu’elle serrait de temps en temps tendrement.

— Mais encore ?

Silence.

— Ben…

Silence.

J’étais en CE2 dans la classe de Monsieur Verneau.

On devait apprendre une fable de La Fontaine.

Le corbeau et le renard.

Evidemment j’ai été interrogée.

Il était là, debout près de ma table.

Les bras croisés.

Il a vite compris que je n’avais pas bien appris ma récitation.

Il m’a réprimandée.

C’était normal !

Mais je me suis rebiffée !

Je sais bien que je n’aurais pas dû !

J’ai dit qu’il y avait eu du monde à la maison et que je n’avais pas eu le temps de l’apprendre.

Il s’est approché de moi.

Il y avait comme du feu dans ses yeux.

— Petite insolente !

Il a mis sa main en l’air comme s’il allait me gifler.

Et il m’a appelée

— Filasse !

Evidemment toute la classe a rigolé.

— La honte…

Silence.

— Ça m’a suivie à la trace. Une horreur... C’est en entrant au lycée que j’ai commencé à mettre des minijupes, tu sais pourquoi.

Laura a acquiescé.

— Mais ça n’a pas empêché qu’on continue de m’appeler comme ça… Deperraut, ça veut rien dire, alors que Filasse, c’est drôle, tu comprends !

Les sanglots m’ont submergée. Je me suis redressée brutalement et j’ai hurlé :

— Ça a pas l’air d’aller, Filasse !

— Ça se dit comment Filasse en anglais ?

— J’ai appelé mon chien Filasse parce qu’il a le poil comme tes cheveux !

Je me suis tournée vers Laura et l’ai regardée à travers mes larmes.

— Tu te moques pas, hein ?

— Manon, s’il te plaît… Est-ce que j’ai l’air de me moquer ?

Je me suis rallongée dans ses bras.

Elle me souriait.

Elle m’a serrée très fort.

Je sentais son souffle dans mon cou, comme le matin-même au Conservatoire. Et les clous de son collier contre ma joue.

La saxo jouait.

Et Laura sentait toujours aussi bon. 

— Manon… Il y a encore autre chose.

Ce n’était pas une question.

Comment pouvait-elle le savoir ?

J’étouffais.

J’avais de plus en plus de mal parce que Laura me poussait doucement à descendre au fond des ténèbres de mes souffrances.

Je l’ai repoussée.

Je me suis assise au bord du lit et, la tête dans les mains, j’ai encore éclaté en sanglots et j’ai hurlé :

— Laura ! Je peux pas !

Sans rien dire, elle est venue s’asseoir à côté de moi ; tout doucement, elle a glissé son bras autour de mon cou et elle a patiemment attendu, que je me décide…

Le saxo jouait encore.

Silence.

— Le pire c’est mon père…

— Je m’en doutais…

Nouveau silence.

Je pleurais, pleurais.

Elle ma serrée très fort contre elle.

— Comment tu pouvais le savoir ?

Elle n’a pas répondu.

Je n’ai pas cherché à comprendre.

Silence.

Le saxo jouait toujours. 

— Souvent, quand il y avait du monde à la maison, pour amuser la galerie, il se moquait de moi, à cause de mes cheveux blancs avant l’âge, qu’il disait. Ou de mon teint lunaire. Moi, je me taisais. Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Je devenais rouge comme une pivoine, et ça provoquait d’autres moqueries. Et souvent mes trois grands frères en rajoutaient une couche… Si les rires redoublaient, ils décuplaient dans ma tête. C’était horrible. J’avais le cœur en miettes. Je m’enfuyais dès que je pouvais et j’allais me cacher dans le débarras sous l’escalier pour pleurer. Ma mère me cherchait partout. Je crois qu’elle comprenait, mais elle n’a m’a jamais trouvée là. Elle devait croire que j’étais sortie… Elle ne m’en a jamais parlé. Peut-être qu’elle avait aussi peur de mon père ? Je ne sais pas…

Laura me serrait contre elle, m’embrassait dans les cheveux ; je pleurais comme une madeleine, mais je ressentais un soulagement incroyable… Grâce à elle, j’ai senti que j’allais peut-être guérir d’un mal sournois que j’ignorais et qu’elle m’aidait à identifier.

— Je n’ai jamais compris comment un homme de la valeur de mon père pouvait être aussi méchant avec sa fille…

— Les gens sont comme ils sont. Il faut faire avec… Ton prof de piano, ton instit’, tes copains du lycée, ton père. Et qui encore ?

J’ai haussé les épaules.

— C’est déjà pas mal, non ?

— Et les femmes qui t’ont fait du mal, tu me racontes ? Celles qui t’ont fait du mal, vraiment du mal ?

En un clin d’œil, j’ai fait le tour de mes souvenirs, de mes blessures. Je n’y ai trouvé que des hommes.

J’ai regardé Laura, les yeux écarquillés. Elle me fixait, un sourire malicieux sur les lèvres.

— Manon ?

— Quoi ?

— Si j’avais été un garçon, tu m’aurais cédé de matin au Conservatoire quand Durieux a été parti ?

Je n’avais rien à dire, elle connaissait la réponse, elle avait compris et, pour moi, tout s’éclairait d’un coup.

Laura s’est levée et est allée demander au saxophoniste d’arrêter sa démonstration.

Silence total.

Elle a cherché un autre CD.

Musique.

Largo de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak : Laura était d’une intelligence et d’une sensibilité et qui me dépassait ! Car en effet, c’était comme si elle m’avait permis de mettre le pied dans une nouveau monde qui s’offrait soudain à moi.

Elle s’est levée et debout devant moi :

— Alors, tu vas les affronter, les hommes ? 

J’ai levé la tête.

Elle souriait. 

— Jure-le moi…

— Je vais essayer…

— Jure-le moi !

— Avec mon père, ça va être dur…

— Si tu ne me le jure pas tout de suite, tu fous le camp d’ici et tu n’y remettras jamais les pieds ! D’accord ?

— C’est du chantage !

— Jure-le moi !

Je savais être lâche.

J’ai encore hésité.

J’ai murmuré :

— Je te le jure…

Elle m’a attrapé les mains.

Elle m’a fait lever.

— Regarde-moi dans les yeux, Manon ! Je ne rigole pas !

Elle me serrait les poignets.

— Redis-le moi mieux que ça !

Je l’ai regardée dans les yeux.

— Je te le jure, Laura !

Et j’ai éclaté en sanglots !

Elle a pris ma tête dans ses mains.

Elle m’a embrassée.

Elle m’a pris dans ses bras et m’a serrée contre elle.

— Juré… Juré. Juré ! Grave-toi ça dans la cervelle, et à chaque fois que tu auras à affronter une situation délicate avec un homme, souviens-toi du serment prêté à ton amie Laura !

Elle m’a lâchée.

— Tu n’auras qu’à m’appeler comme témoin en disant tout bas : « Regarde Laura, comme je suis forte » !

— Tu est merveilleuse, ma Laura…

— Toi aussi, ma Manon… Ma Manon ? Ma Ma… Ça sonne pas bien ! Toi aussi, tu es merveilleuse ma Blanche Manon…

J’ai bien aimé qu’elle m’appelle comme ça.

Non seulement elle me faisait entrer dans un nouveau monde, mais elle me rebaptisait ! Quel bouleversement elle avait suscité dans ma vie !

Elle a dû faire exprès de changer de conversation pour me laisser digérer tout ça…

— Une bonne douche, ça te dit ?

Je l’ai suivie dans la salle de bains sans bien m’en rendre compte, tant j’étais affolée de tout ce qui venait de se révéler à moi ! Mais je n’y allais plus pour me laver d’une quelconque culpabilité !

Je ne vous dis pas le plaisir que nous avons pris à nous doucher ensemble, à nous inonder de mousse onctueuse, à nous frotter l’une après l’autre ! Je n’avais jamais dû être aussi propre de ma vie, tant elle m’a astiquée partout, de la tête aux pieds, pendant de longues minutes, avec un plaisir tant donné que reçu !

De retour dans la chambre, Laura a mis un autre CD. J’ai tout de suite reconnu l’interprétation magnifique de Valentina Lisitsa, et, une fois de plus la délicatesse de Laura m’a saisie ; que j’aurais aimé avoir une telle lucidité et un tel a propos !

— Je l’ai acheté il y a longtemps en pensant à toi. Tu as plutôt le style d’interprétation de Matha Argerich, mais physiquement je trouve qu’elle te ressemble avec sa robe noire et ses beaux cheveux longs, tout blonds comme les tiens !

Laura a éteint les lumières.

Elle a soufflé les bougies qui ont répandu une bonne odeur de fumée.

Nous nous sommes recouchées.

Tendrement enlacées, nous avons laissé la musique nous bercer.

Trop d’idées tournaient dans ma tête.

J’ai craint de ne pas pouvoir m’endormir…

Mais j’étais tellement bien dans les bras de Laura ! Un nuage de bonheur m’a emportée, une douce paix m’a envahie ; je me suis endormie en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Vous vous doutez tout de même que j’avais de quoi être épuisée !

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