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Ch.2.2 - Laura osera-t-elle ?
Vendredi 6 février de l'année dernière
Vers 9 h 40

Elle m’a poussée doucement contre le mur et s’est serrée contre moi ; j’ai senti sa poitrine contre la mienne, son ventre contre le mien, et encore ce souffle chaud dans mon cou… En un éclair, j’ai repensé que si un garçon m’avait provoquée de la sorte, je l’aurais repoussé, je l’aurais giflé, je lui aurais donné des coups de poing, des coups de pied, mais jamais je ne lui aurais permis de m’approcher ainsi ! Sans que je comprenne pourquoi, j’ai laissé faire Laura et curieusement, je crois que je me suis sentie bien… Elle m’a soufflé à l’oreille :

— Il y a un truc qui ne va pas dans ta tête. Moi, je ne voudrais surtout pas que tu changes tu vois. Je t’aime comme tu es. Mais si tu veux, arrange tes cheveux autrement, mets des boucles d’oreille, maquillais-toi un peu, je sais pas ! Foutue comme tu es, c'est pas dix mecs que tu aurais à tes genoux, ce serait une foule ! Tu n’aurais que l’embarras du choix !

— Les garçons ne m’intéressent pas !

Comme si elle attendait cette réponse, elle s’est serrée contre moi plus fort encore.

— Vraiment les garçons ne t’intéressent pas ? Tu es bien sûre ?

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Je sentais le désir monter en moi, et j’en avais honte…

— Manon…

— Quoi ?

— Mes parents partent au Maroc pour affaires cet après-midi. Mon père a été sollicité pour un projet à Rabat et ma mère va l’accompagner. Ils ne vont rentrer que dimanche matin. Je vais être toute seule à la maison : tu ne veux pas venir chez moi ? On serait bien toutes les deux, non ?

Proposition inattendue !

Je voyais bien maintenant où elle voulait en venir.

Etrangement, j’étais tentée ; j’étais sur le point d’accepter mais la peur de l’inconnu m’a retenue.

— Non, je peux pas…  

— Manon, s’il te plaît… Dis-moi oui… On pourrait jouer du piano, se préparer de bons petits plats bien arrosés, passer de bons moments juste nous deux, devenir de vraies amies quoi ?

— Des amies ? Mais on l’est déjà, non ?

— J’ai dit de « vraies » amies, insista-t-elle en passant ses mains sur ma poitrine. Tu veux que je te fasse un dessin ?

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Au moins c’était clair !

J’étais désarçonnée.

Jamais je n’avais imaginé qu’une chose pareille puisse m’arriver à moi !

J’avais la bouche sèche, ma langue se collait à mon palais..

Elle m’a embrassée dans le cou, j’ai senti sa langue sur ma peau ; elle m’a mordillé l’oreille en respirant très fort.

Je ne savais plus où j’en étais.

— Alors, tu veux bien ?

Elle pensait sans doute que l’excitation qu’elle faisait monter en moi me convaincrait d’accepter, et il est vrai que j’étais tentée ; mais je n’ai toujours rien su répondre.

Elle a soulevé mon pull, j’ai senti ses mains sur ma peau monter doucement le long de mes flancs ; elle avait les mains si douces ! Elle a atteint mes seins qu’elle s’est mise à triturer tout doucement…

J’étais pétrifiée.

La bouche ouverte.

Les yeux hagards.

Je ne voulais pas, mais je la laissais faire.

Je ne voulais pas, mais j’étais contente de ne pas avoir mis de soutien-gorge.

Je ne voulais pas, mais je voulais qu’elle continue.

L’incroyable douceur de ses mains rendait ses caresses encore plus excitantes !

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Je sentais grandir en moi ce désir insoutenable qui serre le ventre, que j’éprouvais chaque soir en me déshabillant et qui, depuis des années, me poussait irrésistiblement à ne pas m’endormir sans m’être adonnée à ce plaisir solitaire qui pourtant, après coup, me faisais honte et ajoutait à ma déchéance.

— Arrête, Laura…

Mais elle continuait !

Le soleil pâle de février se coulait discrètement dans la salle d’ombre et de lumière ; les courbes gracieuses du piano s’illuminaient ; le silence se peuplait de soupirs.

— Manon, j’ai acheté une petite robe exprès, toute courte comme les tiennes !

— Tu mets des robes toi ?

— Oui, ça m’arrive, quand je veux attirer les regards sur mes cuisses pour qu’on ne regarde pas ma tête !

Dans un moment aussi grave, Laura trouvait le moyen de plaisanter… Elle m’impressionnait, mais j’ai trouvé blessant qu’elle tourne ainsi mes choix en dérision.

Elle s’est à peine écartée de moi, a posé son index sur ses lèvres et l’a amené délicatement sur les miennes.

Comme je ne réagissais pas, elle a déposé tout aussi gentiment un petit baiser sur ma joue, qu’elle a doucement fait glisser vers mes lèvres entrouvertes.

Et comme je ne résistais toujours pas, elle a dû croire que j’en demandais davantage, ce qui n’était d'ailleurs pas tout à fait faux, bien que je m’en défende intérieurement : elle a regardé mes lèvres, j’ai regardé les siennes…

— Manon. Tu es vraiment très jolie tu sais…

Avant que je ne puisse répondre, elle m’a écrasée contre le mur, elle a collé sa bouche sur la mienne, nos langues se sont entremêlées...  

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Contre mon gré, je n’ai pu m’empêcher de passer mes bras autour de son cou.

J’ai follement aimé cet enlacement et l’agitation de nos corps que je sentais danser à l’unisson dans une harmonie silencieuse.

J’ai senti ses mains si douces descendre lentement dans mon dos et serrer ma taille ; elle les a passées dans ma ceinture et a commencé à baisser tout doucement ma jupe et mon collant.

J’étais effrayée de savoir où elle m’emmenait…

J’en devenais folle, mais cette panique rentrée me poussait dans un égarement qui me paralysait et me faisait abdiquer toute résistance.

Je ne savais plus où j’en étais.

Vous me croirez si vous voulez, mais à dix-huit ans, malgré quelques claires propositions d’avance vouées à l’échec, je n’avais jamais fait l’amour ; j’étais seulement accroc au plaisir solitaire et la nouveauté de l’instant me terrifiait en même temps qu’elle me séduisait.

— Laura… Non… Il ne faut pas…

Mais je savais que rien ne l’arrêterait plus : je n’avais plus de volonté ; elle me possédait.

J’avais peur de cette contrée inconnue et sauvage dans laquelle elle m’emmenait en voyage, mais le désir me submergeait, mes jambes ne me portaient plus, j’étais comme sur un nuage !

Une question saugrenue m’est passée par la tête : en baissant ma jupe et mon collant, allait-elle entraîner aussi ma culotte ? Je ne voulais toujours pas, et pourtant j’ai décollé mes reins du mur pour lui faciliter la tâche…

Je ne savais plus où j’en étais.

La boussole s’affolait.

Je perdais pied.   

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Elle a tout fait glisser jusqu’à mi-cuisses tandis qu’elle m’embrassait, mouillant largement ma bouche de ses lèvres débordantes de salive.

Et j’aimais ça.

C’était terriblement excitant.

Je n’avais jamais imaginé un tel plaisir…

— Alors, tu veux bien venir chez moi ?

— Je ne sais pas, Laura. Je ne sais plus où j’en suis…

— J’ai envie de profiter qu’ils ne sont pas là pour vivre à fond…

— Invite des copains, tu me dis que t’en a plein…

— Les mecs je ne les compte plus, mais avec une fille, ce serait la première fois. Il y a des semaines que j’ai envie de toi. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais peur que tu refuses, que tu m’en veuilles, que tu veuilles plus me voir, que tu veuilles plus me parler… C’est bête, mais je n’osais pas… Tu vois, je suis moins hardie que j’en ai peut-être l’air ! Mais là, mes parents s’en vont et dans une semaine c'est les vacances : alors je me suis dit qu’il fallait que je me lance, que c’était maintenant ou jamais, sinon j’allais regretter pendant quinze jours de ne pas avoir eu le courage de te demander !

Elle a recommencé à m’embrasser, sans doute pour me bâillonner et que je ne puisse pas lui répondre.

Elle s’est placée un peu de côté et j’ai senti sa main caresser mon ventre et descendre lentement en frôlant à peine ma peau.

C’était terrible.

Quand elle a passé sa main entre mes cuisses que je n’ai pu m’empêcher d’écarter un peu et qu’elle a senti combien j’étais mouillée, elle a poussé un petit gémissement de satisfaction.

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J’étais excitée comme je crois ne l’avoir jamais été.

Je refusais, mais j’étais contente que mes règles soient terminées depuis deux jours…

Je me sentais incroyablement bien et je me suis retenue tant que j’ai pu pour faire durer ce rêve éveillé, mais j’ai bientôt été débordée et je n’ai pas pu me retenir de jouir quand elle a passé son doigt là où il n’aurait pas fallu.

J’ai détourné la tête qui a cogné contre le mur !

J’ai serré les dents pour ne pas crier.il me prenait dans ses bras pour me féliciter !

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J’ai dissimulé comme j’ai pu les spasmes de mon orgasme qui par bonheur n’était pas très puissant !

Je ne voulais pas que Laura s’en aperçoive, mais elle a dû s’en douter tout de même.

— Qu’est-ce qu’il y a, Manon ?

— Arrête, Laura !

J’ai atterri d’un coup.

Le poids de la faute s’est abattue sur moi et m’a coupé le souffle… Avec une fille en plus… On critiquait tellement l’homosexualité à la maison ! Coupable d’avoir été piégée de la sorte et d’en avoir éprouvé un tel plaisir m’a retournée : la révolte a décuplé ma force et j’ai repoussée rageusement Laura.

Surprise, elle a reculé d’un pas : il y avait la hargne de la déception dans ses yeux, la tristesse du remord dans les miens.

— Ça veut dire que tu ne viendras pas !

— Non, Laura, je peux pas…  

Je me suis essuyé la bouche avec la manche de mon pull, j’ai remonté ma culotte, ça m’a fait froid entre les cuisses.

— Je m’attendais si peu à ça ! Tu peux comprendre, non ?

Son dépit se lisait dans ses yeux ; elle savait qu’elle avait perdu.

— Et ma petite robe alors ?

— T’as qu’à m’envoyer une photo…

— T’es nulle !

Et elle s’est dirigée vers la porte.

— La vie, c’est pas que le piano !

Je regrettais déjà de l’avoir ainsi repoussée.

— Laura ? T’es quand même pas fâchée après moi ?

Elle ne m’a pas répondu, elle ne s'est même pas retournée. Elle a déverrouillé la porte et elle est sortie…

Je me suis rhabillée.

La tristesse m’oppressait. Je suis allée jusqu’à la fenêtre qui donnait sur le parc du Conservatoire : le pâle soleil d’hiver filtrait à travers les branchages nus des arbres.

Je divaguais : j’aurais peut-être dû accepter, mais j’avais bien fait de refuser…

Bien que…

Mais quand même…

J’étais désolée que nous nous soyons séparées ainsi brouillées, d’autant que grâce à elle j’avais l’impression que quelque chose était déjà changé au fond de moi.

C’est vrai qu’elle était franche et directe, ne passait jamais de pommade… Elle avait sans doute raison : à cause d’un je ne sais quoi, de ce complexe qui m’obsédais, je percevais peut-être le reflet de moi-même comme dans un miroir déformant qui enlaidissait faussement la vraie Manon, celle avec qui plusieurs garçons du Conservatoire auraient aimé aller prendre un pot à la cafétéria et qu’elle ne savait que rembarrer ?

J’avais un peu mal au ventre.

Ça me faisait toujours ça quand j’avais joui.

Mais ça ne durait pas très longtemps…

Je n’entendais pas un bruit.

Le silence était trop épais.

Je me suis assise au piano.

— Laura…

Bien sûr il manquait l’orchestre, mais j’ai attaqué le premier mouvement du concerto N° 1 de T

Je crois que jamais je ne l’avais aussi brillamment interprétée : j’ai pensé que si Durieux avait été là, il aurait applaudi ! J’ai même osé imaginer qu’

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