Chapitre 2.2
Vendredi 6 février de l'année dernière
Version audio
Vers 10 h 40
En quittant le Conservatoire, trop obsédée par ce qui venait d’arriver, je ne me suis pas aperçue à quel point j’avais la gorge sèche ; c’est dans le métro que je m’en suis rendue compte, lorsque j’ai repris peu à peu conscience des réalités.
J’ai regardé ma montre : il n’était que onze heures moins vingt.
— Ils annoncent une vague de froid, il faudra vous habiller plus chaudement !
Un homme d’une quarantaine d’année en costume-cravate, un foulard gris passé en écharpe autour du cou, se tenait auprès de moi ; je n’ai pas pu m’empêcher de rougir et de baisser les yeux, comme toujours ; évidemment, peu lui importait que j’aie froid, mais bizarrement, je n’ai pas été blessée par son sourire.
Je lui ai tourné le dos et je suis descendue à la station prochaine bien que ce ne soit pas ma destination ; j’ai craint un moment qu’il ne me suive, mais il est resté dans la rame.
Je ne pouvais m’empêcher d’être admirative de ces gens qui osaient m’aborder ainsi, sans retenue aucune !
En attendant le métro suivant, j’ai repensé à ce que m’avait dit Laura… J’ai observé du coin de l’œil les gens qui passaient près de moi : beaucoup se retournaient en effet, mais je ne lisais plus la même moquerie dans leurs regards. Plutôt peut-être une forme d’intérêt ?
Je n’arrivais pas à croire que ces quelques minutes passées avec elle, aient pu m’avoir transformée à ce point.
Dans la rame suivante, un jeune homme s’est encore approché de mon oreille.
— Dior ou Givenchy ?
Ma tenue n’avait rien de haute-couture ! Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire ; je l’ai regardé furtivement, et je suis encore descendue à la station suivante ; il ne m’a pas suivie non plus…
